Quel est le montant de la retraite pour une aide-soignante en France aujourd’hui ?

Une aide-soignante titulaire dans un hôpital public, 62 ans, carrière complète : sa pension nette tourne souvent autour de 1 200 à 1 300 euros par mois. Le chiffre surprend quand on le met en face de trente-cinq ans de toilettes, de levers nocturnes et de patients en fin de vie. Comprendre ce montant suppose de démonter le mécanisme de calcul propre à la fonction publique hospitalière, et surtout de mesurer l’impact récent du complément Ségur sur la pension.

Le complément Ségur dans le calcul de la pension CNRACL

On parle beaucoup du Ségur de la santé pour les salaires. On en parle moins pour la retraite, alors que c’est là que le changement est le plus tangible à long terme.

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Le complément de traitement indiciaire (CTI), fixé à 49 points d’indice soit 241,22 euros bruts mensuels en 2026, est désormais intégré dans l’assiette de calcul de la pension de base via un mécanisme appelé SP-CTI. Concrètement, pour une aide-soignante qui part avec une carrière complète, ce supplément peut représenter jusqu’à 75 % du CTI brut, soit environ 181 euros bruts par mois en plus de la pension classique.

C’est un levier réel. Avant le Ségur, la pension de base reposait uniquement sur le traitement indiciaire hors primes. On se retrouvait avec des pensions très basses malgré des années de service en horaires décalés. Le CTI corrige partiellement ce déséquilibre, mais il ne rattrape pas tout.

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Les primes de nuit, de dimanche et de sujétions spéciales restent en dehors du calcul de base. Elles relèvent de la RAFP, la retraite additionnelle de la fonction publique, dont les montants restent modestes.

Pour savoir précisément combien touche une aide soignante à la retraite, il faut donc additionner trois composantes : la pension CNRACL de base, le SP-CTI Ségur et la RAFP.

Aide-soignante en fin de carrière dans un couloir d'hôpital public français, regard pensif vers la retraite

Revalorisation des pensions aide-soignante au 1er janvier 2026

Les aides-soignantes titulaires relevant de la CNRACL ont bénéficié d’une revalorisation de 0,9 % au 1er janvier 2026 sur leur retraite de base. La RAFP, elle, a été revalorisée de 1,4 % à la même date.

Sur le terrain, 0,9 % sur une pension nette de 1 250 euros, ça représente une dizaine d’euros par mois. On ne va pas se mentir : face à l’inflation des années précédentes, le rattrapage reste partiel. Les retours varient sur ce point selon la situation de chacune, notamment en fonction du nombre de trimestres validés et de la durée passée en catégorie active.

Catégorie active et âge de départ

La distinction entre catégorie active et catégorie sédentaire change tout. Une aide-soignante classée en catégorie active (emploi reconnu comme présentant un risque particulier ou une fatigue exceptionnelle) peut partir plus tôt que l’âge légal, à condition d’avoir cumulé au moins 17 ans de services dans cette catégorie.

Avec 17 ans de services actifs, l’âge d’ouverture des droits est de 59 ans. Sans ces 17 années, on retombe sur les règles de droit commun. La réforme de 2023 a par ailleurs relevé progressivement les bornes d’âge, ce qui pousse de nombreuses aides-soignantes à prolonger leur activité pour éviter une décote.

Pension aide-soignante dans le privé : un calcul différent

Toutes les aides-soignantes ne sont pas fonctionnaires. En 2018, on comptait environ 60 000 aides-soignantes salariées dans le secteur privé, contre 227 000 titulaires dans la fonction publique hospitalière en 2019 (chiffres Drees). La différence de régime a un impact direct sur la pension.

Dans le privé, la retraite se calcule sur la base des 25 meilleures années de salaire brut, et non sur les six derniers mois de traitement indiciaire comme dans le public. Le régime de base est celui de la Sécurité sociale, complété par l’Agirc-Arrco.

  • Le calcul sur 25 ans lisse les périodes de bas salaire, ce qui peut désavantager les aides-soignantes ayant commencé avec des rémunérations très faibles en début de carrière.
  • Les primes et heures supplémentaires entrent dans l’assiette de calcul du privé, contrairement au public où seul le traitement indiciaire (et désormais le CTI) compte pour la pension de base.
  • La pension complémentaire Agirc-Arrco dépend du nombre de points accumulés, directement lié au niveau de cotisation de l’employeur et du salarié.

Au final, une aide-soignante du privé touche souvent une pension globale comparable, voire légèrement inférieure à celle d’une fonctionnaire hospitalière à carrière équivalente. La différence se joue surtout sur la prise en compte ou non des primes dans le calcul.

Deux aides-soignantes discutant de la retraite dans la salle de pause d'un hôpital français

Les leviers concrets pour améliorer sa pension d’aide-soignante

Attendre la dernière année avant le départ pour s’intéresser à sa retraite, c’est perdre des marges de manœuvre. Plusieurs actions peuvent encore faire bouger le montant final.

  • Vérifier son relevé de carrière CNRACL ou Sécurité sociale pour repérer les trimestres manquants ou mal enregistrés. Les erreurs sont fréquentes, notamment sur les périodes de temps partiel ou de congé maternité.
  • Prolonger quelques trimestres au-delà de l’âge d’ouverture des droits pour supprimer une éventuelle décote et obtenir une surcote.
  • S’assurer que le CTI Ségur est bien intégré dans le calcul, en demandant une simulation actualisée auprès de la CNRACL.
  • Évaluer l’intérêt d’une retraite progressive, désormais élargie à la fonction publique, qui permet de réduire son temps de travail tout en commençant à percevoir une fraction de sa pension.

La retraite progressive, en particulier, mérite qu’on s’y arrête. Elle permet de passer à 80 % ou 60 % d’activité tout en liquidant partiellement ses droits. Pour une aide-soignante en fin de carrière, physiquement usée par les contraintes du métier, c’est une option qui peut changer les deux ou trois dernières années de travail.

Le montant de la retraite d’une aide-soignante reste marqué par un paradoxe : un métier physiquement et émotionnellement exigeant, une pension qui peine à dépasser le niveau médian des retraites françaises. Le CTI Ségur a apporté un correctif réel mais limité. La vigilance sur son relevé de carrière et le recours aux dispositifs de fin d’activité restent les meilleurs outils pour gagner quelques dizaines d’euros supplémentaires par mois.

Quel est le montant de la retraite pour une aide-soignante en France aujourd’hui ?